Le conte "le peintre qui broyait les couleurs"

par Maryse MARTAYAN | Contes du monde

Le Conte “Le peintre qui broyait les couleurs”

De Elidée

 

Il était une fois … oui, les contes commencent toujours ainsi … un peintre auréolé de talent. Il peignait nuit et jour dans son atelier et ne s’octroyait que quelques heures pour se reposer.

Son ami, un nain qu’il connaissait depuis l’enfance, allait chercher dans la montagne les pierres les plus colorées qu’il puisse trouver. Pour cela, il n’hésitait pas à s’infiltrer dans le moindre interstice.

Il prélevait aussi quelquefois des fleurs aux coloris les plus rares et dont les parfums embaumaient sa musette.

Lorsque celle-ci était pleine, il l’apportait à son ami qui prenait à cette occasion un peu de repos pour admirer les magnifiques pierres et s’empressait ensuite de les broyer le plus finement possible pour procéder à des mélanges rares. Il y ajoutait les plus jolis pétales qu’il incorporait dans ses préparations.

Ainsi, il obtenait de somptueuses couleurs et dès qu’elles étaient prêtes, il retournait à sa toile et étalait les teintes nouvellement créées avec un art consommé.

Son ami ne pouvait se lasser de l’admirer. Que de merveilles naissaient dans son atelier.

Sa voisine, une fort jolie fée, s’inquiétait de le voir prendre si peu soin de sa santé et lui préparait à l’occasion de bons petits plats et de savoureux desserts qu’elle déposait devant son entrée pour ne pas le déranger.

Lorsque son ami le nain était là, il l’invitait à se joindre à eux et ils partageaient ensemble les repas que le peintre, trop préoccupé de ses toiles, se contentait souvent d’empiler dans son réfrigérateur après en avoir goûté une bouchée.

Ces jours-là, il ouvrait une bonne bouteille et tous les trois prenaient le temps de savourer un doux moment.

Mais notre peintre aux nombreuses qualités avait un gros défaut. Il n’était jamais content de son travail et ses toiles toutes plus belles les unes que les autres, finissaient invariablement de la même façon.

Il ne les trouvait jamais à son goût. Elles ne correspondaient pas à son imaginaire qu’il avait fort développé, aussi s’empressait-il de les recouvrir d’une peinture noire comme la nuit.

Ses amis lui reprochaient de gâcher ainsi son travail mais il n’écoutait rien, ni personne et démarrait une nouvelle toile.

Son attitude finit par agacer aussi bien son ami que sa voisine qui décidèrent de ne plus venir le voir.

Aussi se retrouva-t-il tout seul dans son atelier. Les pierres et les fleurs diminuèrent jusqu’à disparition. Plus aucun plat dans son réfrigérateur … plus de repas pris en commun autour d’une bonne bouteille dans la joie et la bonne humeur.

Sa dernière toile luisait dans l’atelier, éclairée par le soleil couchant. Toutes ses teintes s’enflammaient sous les derniers rayons et illuminaient la pièce entière.

Il aurait bien voulu que ses amis soient là pour partager avec eux ce doux moment et pour une fois, il était content de son œuvre. Puis le soleil se coucha et son tableau lui parut ne plus correspondre à l’image qu’il s’en faisait.

Mais il était fatigué et se coucha déprimé. Il avait perdu ses amis par sa faute. Il n’avait plus de couleurs à broyer, alors il broya du noir et cela l’empêcha de dormir.

Il se promit que si ses amis revenaient, plus jamais, il ne noircirait aucune de ses toiles mais leur offrirait puisqu’ils semblaient tant les apprécier.

Le lendemain, il alla sonner chez sa voisine qui ouvrit grand sa porte. Il déposa la toile peinte sur une chaise dans un reflet de soleil. Son ami le nain était présent et lui et la voisine s’apprêtaient à se mettre à table. Ils l’invitèrent bien sûr et ils partagèrent à nouveau un repas ensemble et le peintre fut si heureux de les retrouver qu’il leur promit de ne plus jamais recouvrir ses toiles de peinture noire.

Depuis ce jour, les clients se pressent à son atelier et il vend toutes ses toiles. Il en réserve quelques-unes pour ses amis, celles qu’ils ont le plus appréciées lors de ces moments où ils se retrouvent tous les trois, comme autrefois.

Et le peintre est enfin heureux.

Accompagnement musical : Caroline Jourdan

 

 

 

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